Artiste humaniste · Clown Frisson d'Espelette
Cartographe des territoires vivants
Vingt-cinq ans de création à l'intersection de l'art, du lien social et du territoire. De Bogotá à Toulouse, d'Emmaüs au clown thérapeutique, une œuvre qui cherche — toujours — à faire exister l'échange là où rien ne semblait possible.
« Dans une bille : la joie. —oscillations— »
Andrea Caro Gomez · Cronop'Andrea
Tout commence à Bogotá, à l'Université Pontificale Javeriana, dans une spécialisation en communication éducative. Andrea choisit de faire son terrain dans une zone de conflit armé.
Dans la région de Santander, zone de guérilla et de paramilitaires, Andrea conçoit et réalise un festival culturel communautaire. Le pari : que la création artistique collective puisse créer un espace de vie commun là où la violence a détruit le tissu social. Ateliers de théâtre, performances de rue, espaces de parole — la métaphore comme seul langage possible quand les mots directs tuent.
À Montauban, Andrea rejoint la communauté Emmaüs comme responsable communication. Elle y fonde quelque chose de différent : des ateliers de création avec les compagnons, et un festival qui fait de la solidarité une forme artistique.
Sculpture interactive exposée aux Abattoirs de Toulouse, présentée dans le cadre de son Master Pro en création multimédia (mention Très Bien, Université Jean Jaurès). L'œuvre explore la notion de point comme origine absolue — le minimum de présence, le début de toute forme. Sculpture-pendule numérique, elle répond au spectateur, se modifie au contact, interroge la frontière entre l'œuvre et celui qui la regarde.
Pendant quatre ans, Andrea anime des ateliers réguliers avec les compagnons de la communauté Emmaüs de Montauban. La sculpture par assemblage transforme les déchets en matière première : objets récupérés, fragments de vie qui deviennent œuvre. La photographie est une manière de travailler l'image de soi — la lumière que chaque personne projette, sa présence, sa dignité visible. Ces œuvres n'ont pas été documentées avec la rigueur qu'elles auraient méritée, ce qui est lui-même une question : qu'est-ce qu'une œuvre lorsque le collectif prime sur l'archive ?
Réalisée pendant son Master Recherche en esthétique cinématographique (ESAV, mention Bien), cette vidéo est un hommage au film colombien La estrategia del caracol (Sergio Cabrera, 1993) — l'histoire d'une communauté qui démonte sa maison pierre par pierre pour la reconstruire ailleurs plutôt que de se laisser expulser. Andrea reprend ce titre avec les compagnons d'Emmaüs en co-création : la stratégie de l'escargot comme métaphore de la résistance collective et de la dignité en mouvement.
Au sein de l'association Cultures du Cœur 82, Andrea crée et coordonne la Riposte Créative Tarn-et-Garonne pendant le confinement — une plateforme de mobilisation culturelle pour maintenir le lien entre artistes et publics en précarité dans un moment d'isolement radical.
Andrea co-fonde le Collectif Humanité Équitable (CHE!) et crée ce festival participatif qui réunit associations et structures de l'économie solidaire. Quatre mille personnes accueillies sur trois éditions. Le festival est un imaginaire en acte sur la transformation sociale — un événement culturel, un espace de formation, un laboratoire de liens entre des publics qui ne se rencontrent jamais habituellement. Il porte la question : quel monde voulons-nous voir émerger, et comment l'art peut-il en être la maquette ?
De 2009 à 2020, Andrea s'engage dans la création de monnaies citoyennes — d'abord le Sol-Violette à Toulouse, puis à l'échelle nationale au sein du Mouvement Sol. Un travail invisible pour beaucoup, mais profondément artistique.
Co-créatrice et coordinatrice du Sol-Violette, Andrea dirige la conception des coupons-billets — non comme un simple travail graphique, mais comme une réflexion sur ce que doit incarner visuellement une monnaie qui n'est pas le capital. Elle pense toute l'émergence de l'outil : l'identité visuelle, la narration, le système de valeurs que chaque billet doit porter.
Déléguée Générale Nationale, Andrea coordonne le développement des monnaies locales complémentaires à l'échelle nationale. Elle y apporte ce que peu de coordinateurs apportent : un regard d'artiste sur la pratique économique. Les monnaies locales ne sont pas seulement des outils — elles sont des formes d'imaginaire collectif, des cartographies de confiance.
« Cronop'art est le regard sensible, poétique et esthétique. Crono'lib est la propriété du regard, recherche de la liberté et objet. »
Andrea Caro Gomez · Cronop'Andrea, 2011
Depuis 2019, Andrea explore l'art du clown avec une profondeur et une rigueur rares. Ce n'est pas un virage : c'est la convergence de tout ce qui précède — le lien, le corps, la vulnérabilité, la rencontre.
Personnage principal d'Andrea. Présence douce et espiègle, corps habité, regard jamais condescendant. Frisson intervient en EHPAD, unités Alzheimer, milieu de soins palliatifs, MAS. Elle porte le paradoxe du clown en soins : rire au bord de ce qui est grave, sans jamais minimiser.
En dehors des espaces de soin, Frisson prend la rue pour des causes : lutte contre les violences faites aux femmes et aux enfants, déambulations engagées. Elle porte également un projet artistique sur le toucher comme acte de consentement — la caresse, la tendresse, les limites du corps comme matière première d'une réflexion collective sur nos consentements communs.
Clownesse marine à l'accent espagnol chantant. Salopette bleue rayée, chapeau de marin, chaussures qui font des bruits de bulles. Elle embarque le public dans un voyage en mer à travers sept scènes mêlant mime, marionnettes, ballet de méduses lumineuses et chanson finale. Spectacle solo « Olas de Risa » — 45 minutes pour tout public.
Avec la création de Topogramme en janvier 2026, Andrea formalise ce qui est au cœur de tout son travail depuis vingt-cinq ans : la conviction que les œuvres artistiques peuvent redessiner les territoires. Non pas les cartographier comme le ferait un géographe — mesurer, délimiter, nommer — mais les révéler de l'intérieur, à travers les émotions, les mémoires, les liens qui s'y tissent.
La « cartographie émotionnelle et territoriale » de Topogramme est un geste artistique autant qu'une méthode. Chaque intervention — qu'elle se passe en EHPAD, dans un village, dans un lycée ou sur une place publique — produit une empreinte sur le territoire. Les masques qui seront créés dans « Bruèissa — Corps de Terre » seront des topogrammes — des traces sensibles d'un rapport au lieu.
Topogramme est aussi l'héritière de la pratique du Buen Vivir (Sumak Kawsay) qui traverse tout le parcours d'Andrea : l'art non pas comme production d'objets, mais comme mode d'être au monde. La topoétique — vision poétique du territoire — est son manifeste.
À travers tout son parcours, Andrea écrit. La poésie n'est pas un à-côté de son travail artistique — c'est sa langue maternelle, celle dans laquelle toutes les autres s'originent.
La notion de cronopio, empruntée à Julio Cortázar, traverse toute l'œuvre d'Andrea. Les cronopios chez Cortázar sont des êtres du désordre joyeux, de l'improvisation sensible, de la vie vécue de travers — c'est-à-dire vraiment. Ils s'opposent aux « famas » (ordonnés, prévisibles) et aux « esperanzas » (passives).
Andrea s'identifie à cette figure depuis ses années colombiennes. Son site Cronop'Andrea en est la trace : « Cronod'air est le regard solidaire et politique. Cronop'art est le regard sensible et poétique. Crono'lib est la propriété du regard, recherche de la liberté. »
Sa poésie mêle le français, l'espagnol, les corps, les lieux, les noms propres de la musique qu'elle aime — Louis Armstrong, Tracy Chapman, John Coltrane, Massive Attack, Björk. Elle écrit comme elle clowne : en présence totale, sans filet.
« Ma vie veux-tu laissons maintenant tant de hâte aveugle à son néant — pour apprendre à vivre, à souffrir, aimer, être un visage du vivant. »
Lorand Gaspard — cité par Andrea Caro Gomez sur Cronop'Andrea