Topôs · Portfolio artistique · 2000 — 2026

Andrea Caro Gomez

Artiste humaniste · Clown Frisson d'Espelette
Cartographe des territoires vivants

Vingt-cinq ans de création à l'intersection de l'art, du lien social et du territoire. De Bogotá à Toulouse, d'Emmaüs au clown thérapeutique, une œuvre qui cherche — toujours — à faire exister l'échange là où rien ne semblait possible.

2000
Festival pour la Santé et la Paix San Vicente de Chucurí, Colombie
2006–10
Ateliers sculpture & photo à Emmaüs Montauban
2007
Je suis point — Musée des Abattoirs Toulouse
2007–10
Festival Vers Une Humanité Équitable Emmaüs, Montauban
2009–15
Sol-Violette — monnaie citoyenne Toulouse
2014–20
Mouvement Sol — monnaies locales France National
2019–
Clown Frisson · Compagnie du Bout du Nez Occitanie
2026–
Topogramme — cartographie poétique des territoires Montauban · 82

« Dans une bille : la joie. —oscillations— »

Andrea Caro Gomez · Cronop'Andrea

I
Genèse · Colombie · 2000

L'art comme
alternative à la guerre

Tout commence à Bogotá, à l'Université Pontificale Javeriana, dans une spécialisation en communication éducative. Andrea choisit de faire son terrain dans une zone de conflit armé.

2000 San Vicente de Chucurí · Colombie

Festival pour la Santé et la Paix
Explorer la métaphore comme alternative à la guerre

Dans la région de Santander, zone de guérilla et de paramilitaires, Andrea conçoit et réalise un festival culturel communautaire. Le pari : que la création artistique collective puisse créer un espace de vie commun là où la violence a détruit le tissu social. Ateliers de théâtre, performances de rue, espaces de parole — la métaphore comme seul langage possible quand les mots directs tuent.

Concept fondateur : Andrea choisit de faire son terrain dans une zone de conflit armé comme une réflexion sur la condition humaine comme œuvre. « La métaphore n'est pas une figure de style. C'est une stratégie de survie. Dans les zones de conflit, nommer directement ce qui blesse peut coûter la vie. L'art offre un détour qui permet quand même de traverser. »
II
Arts plastiques · Emmaüs · Abattoirs · 2004–2010

Œuvres
du faire ensemble

À Montauban, Andrea rejoint la communauté Emmaüs comme responsable communication. Elle y fonde quelque chose de différent : des ateliers de création avec les compagnons, et un festival qui fait de la solidarité une forme artistique.

2007 Musée des Abattoirs · Toulouse

Je suis point
Poïetique de l'artefacto

Sculpture interactive exposée aux Abattoirs de Toulouse, présentée dans le cadre de son Master Pro en création multimédia (mention Très Bien, Université Jean Jaurès). L'œuvre explore la notion de point comme origine absolue — le minimum de présence, le début de toute forme. Sculpture-pendule numérique, elle répond au spectateur, se modifie au contact, interroge la frontière entre l'œuvre et celui qui la regarde.

Concept : La recherche universitaire portait sur la « poïetique de l'artefacto » — l'acte de faire comme geste premier, avant le résultat. L'œuvre n'est pas un objet : c'est le processus de sa rencontre avec le public qui la constitue.
Je suis point — artefact numérique — Musée des Abattoirs Toulouse 2007
Je suis point — artefact numérique Sculpture interactive · Musée des Abattoirs · Toulouse · 2007
2006–2010 Communauté Emmaüs · Montauban

Ateliers sculpture et photographie
avec les compagnons

Pendant quatre ans, Andrea anime des ateliers réguliers avec les compagnons de la communauté Emmaüs de Montauban. La sculpture par assemblage transforme les déchets en matière première : objets récupérés, fragments de vie qui deviennent œuvre. La photographie est une manière de travailler l'image de soi — la lumière que chaque personne projette, sa présence, sa dignité visible. Ces œuvres n'ont pas été documentées avec la rigueur qu'elles auraient méritée, ce qui est lui-même une question : qu'est-ce qu'une œuvre lorsque le collectif prime sur l'archive ?

Fil conducteur : L'art n'est pas une thérapie, ni un bonus de l'inclusion. C'est un droit. Andrea apporte ici ce qu'elle apportera plus tard en EHPAD avec le clown : la conviction que la création est une forme de dignité.
2004 ESAV · Université Jean Jaurès · Toulouse

L'Estratégie de l'escargot
Vidéo en co-création avec les compagnons d'Emmaüs

Réalisée pendant son Master Recherche en esthétique cinématographique (ESAV, mention Bien), cette vidéo est un hommage au film colombien La estrategia del caracol (Sergio Cabrera, 1993) — l'histoire d'une communauté qui démonte sa maison pierre par pierre pour la reconstruire ailleurs plutôt que de se laisser expulser. Andrea reprend ce titre avec les compagnons d'Emmaüs en co-création : la stratégie de l'escargot comme métaphore de la résistance collective et de la dignité en mouvement.

Question fondatrice : Qu'est-ce qu'une œuvre dans un collectif — mais surtout, avec le collectif ? Qui en est l'auteur ? La vidéo n'appartient pas à Andrea seule : elle appartient au processus qui l'a fait naître.
2020 · Covid Cultures du Cœur 82 · Tarn-et-Garonne

La Riposte Créative Tarn-et-Garonne
En réponse à la crise sanitaire

Au sein de l'association Cultures du Cœur 82, Andrea crée et coordonne la Riposte Créative Tarn-et-Garonne pendant le confinement — une plateforme de mobilisation culturelle pour maintenir le lien entre artistes et publics en précarité dans un moment d'isolement radical.

2007–2010 Emmaüs · Montauban

Festival Vers Une Humanité Équitable
Projet lauréat Défi Jeune 2007

Andrea co-fonde le Collectif Humanité Équitable (CHE!) et crée ce festival participatif qui réunit associations et structures de l'économie solidaire. Quatre mille personnes accueillies sur trois éditions. Le festival est un imaginaire en acte sur la transformation sociale — un événement culturel, un espace de formation, un laboratoire de liens entre des publics qui ne se rencontrent jamais habituellement. Il porte la question : quel monde voulons-nous voir émerger, et comment l'art peut-il en être la maquette ?

Forme artistique : Le festival lui-même est une œuvre d'art relationnel. Sa forme n'est pas la scène mais la rencontre. Son matériau n'est pas la peinture mais la convivialité organisée.
Andrea Caro — interview Emmaüs — Planète Émergence © 2011
Andrea Caro — interview sur le travail Emmaüs Partenariat Planète Émergence · Montauban · 2009
III
Art relationnel · monnaie · 2009–2020

La monnaie
comme acte artistique

De 2009 à 2020, Andrea s'engage dans la création de monnaies citoyennes — d'abord le Sol-Violette à Toulouse, puis à l'échelle nationale au sein du Mouvement Sol. Un travail invisible pour beaucoup, mais profondément artistique.

2009–2015 Toulouse · France

Sol-Violette
Monnaie citoyenne de Toulouse

Co-créatrice et coordinatrice du Sol-Violette, Andrea dirige la conception des coupons-billets — non comme un simple travail graphique, mais comme une réflexion sur ce que doit incarner visuellement une monnaie qui n'est pas le capital. Elle pense toute l'émergence de l'outil : l'identité visuelle, la narration, le système de valeurs que chaque billet doit porter.

Concept artistique : Andrea imprime dans le billet une clé proche de la définition même de la monnaie — elle n'existe que pendant l'échange, ni avant ni après. Le billet comme objet d'art relationnel : il ne vaut que dans la relation qu'il crée entre deux personnes. Il s'efface dans l'acte.
2014–2020 France · National

Mouvement Sol
Laboratoire citoyen d'expérimentations territoriales

Déléguée Générale Nationale, Andrea coordonne le développement des monnaies locales complémentaires à l'échelle nationale. Elle y apporte ce que peu de coordinateurs apportent : un regard d'artiste sur la pratique économique. Les monnaies locales ne sont pas seulement des outils — elles sont des formes d'imaginaire collectif, des cartographies de confiance.

Héritage artistique : L'art relationnel de Nicolas Bourriaud parle de l'art comme production de relations humaines. Andrea le pratique sans le nommer : chaque territoire où se crée une monnaie locale est une œuvre collective qui redessine les liens.
Frisson — portrait atelier Bataclown 2022
Frisson — portrait Atelier impro texte & clown · Bataclown · avec Catherine Vaniscotte · 2022
Frisson et résidente en EHPAD — © Gwen Boliban
Frisson & résidente © Gwen Boliban
Les mains — présence — © Gwen Boliban
Les mains — présence © Gwen Boliban
Andrea Caro avec billets Stück
Les billets Stück à la main Monnaie locale de Strasbourg · Mouvement Sol · 2015

« Cronop'art est le regard sensible, poétique et esthétique. Crono'lib est la propriété du regard, recherche de la liberté et objet. »

Andrea Caro Gomez · Cronop'Andrea, 2011

IV
Art du clown · milieu de soins · interculturel · 2019–

Frisson
Le clown comme présence

Depuis 2019, Andrea explore l'art du clown avec une profondeur et une rigueur rares. Ce n'est pas un virage : c'est la convergence de tout ce qui précède — le lien, le corps, la vulnérabilité, la rencontre.

Frisson d'Espelette

Personnage principal d'Andrea. Présence douce et espiègle, corps habité, regard jamais condescendant. Frisson intervient en EHPAD, unités Alzheimer, milieu de soins palliatifs, MAS. Elle porte le paradoxe du clown en soins : rire au bord de ce qui est grave, sans jamais minimiser.

En dehors des espaces de soin, Frisson prend la rue pour des causes : lutte contre les violences faites aux femmes et aux enfants, déambulations engagées. Elle porte également un projet artistique sur le toucher comme acte de consentement — la caresse, la tendresse, les limites du corps comme matière première d'une réflexion collective sur nos consentements communs.

Marinera

Clownesse marine à l'accent espagnol chantant. Salopette bleue rayée, chapeau de marin, chaussures qui font des bruits de bulles. Elle embarque le public dans un voyage en mer à travers sept scènes mêlant mime, marionnettes, ballet de méduses lumineuses et chanson finale. Spectacle solo « Olas de Risa » — 45 minutes pour tout public.

Parcours de formation

2019–23 Clown de rue · Clown interculturel
Caravane Théâtre · Jean-Pierre Besnard Théâtre forum, clown de rue (Jaipur, Inde), clown interculturel (Grèce, Jaipur 2023)
2020 Clown sacré
Poécirque · Nicolas Ottenheimer
2020–23 Clown en milieu de soins
École Bataclown · parcours certifiant Techniques fondamentales, masque, clown médico-social (initiation, maîtrise, perfectionnement)
2021–25 Clown d'accompagnement · Duo en gériatrie
Compagnie du Bout du Nez · Gilles Padié Cœur relationnel, voix, familles, musicalité du personnage
2022 Clown et soins palliatifs
Gai Rire · Gilles Padié
2025 Clown et musicalité · Initiation au duo en pédiatrie
Les Petits Mouchoirs · Marianne Clarac & Marine Benech
2025 Jeu de l'acteur · Burlesque · Clown
La Cascade – Pôle National Cirque · Ami Hattab « Le jeu de la comédie en trois actes » — Jeu corporel, personnages physiques, état de base du clown
Topogramme · 2026 — · Association loi 1901 · Montauban
Cartographier
les territoires vivants

Avec la création de Topogramme en janvier 2026, Andrea formalise ce qui est au cœur de tout son travail depuis vingt-cinq ans : la conviction que les œuvres artistiques peuvent redessiner les territoires. Non pas les cartographier comme le ferait un géographe — mesurer, délimiter, nommer — mais les révéler de l'intérieur, à travers les émotions, les mémoires, les liens qui s'y tissent.

La « cartographie émotionnelle et territoriale » de Topogramme est un geste artistique autant qu'une méthode. Chaque intervention — qu'elle se passe en EHPAD, dans un village, dans un lycée ou sur une place publique — produit une empreinte sur le territoire. Les masques qui seront créés dans « Bruèissa — Corps de Terre » seront des topogrammes — des traces sensibles d'un rapport au lieu.

Topogramme est aussi l'héritière de la pratique du Buen Vivir (Sumak Kawsay) qui traverse tout le parcours d'Andrea : l'art non pas comme production d'objets, mais comme mode d'être au monde. La topoétique — vision poétique du territoire — est son manifeste.

Cartographie émotionnelle Topoétique Buen Vivir Clown thérapeutique Art relationnel Milieu de soins Médiation territoriale Résidence artistique
Illustration Topogramme — De la force créatrice — Manuela Moncayo ©
« De la force créatrice… »

Illustration réalisée par Manuela Moncayo pour le site web de Topogramme.

Un personnage endormi dans une fleur d'oiseau de paradis, ancré dans un sol de filaments lumineux qui rayonnent dans toutes les directions. La tige est la vie artistique : droite, fragile, lumineuse. Les racines invisibles sont le réseau — territorial, humain, poétique — que Topogramme tisse depuis 2020.
VI
Écriture · poésie · fil continu

La poésie
comme pratique première

À travers tout son parcours, Andrea écrit. La poésie n'est pas un à-côté de son travail artistique — c'est sa langue maternelle, celle dans laquelle toutes les autres s'originent.

Cronopiar :
danser au bord du pont,
regarder les nuages passer,
me coucher sur l'herbe à tes côtes,
regarder la lumière te caresser le visage,

écrire, rire,
manger les pommes en gardant
les pépins dans la poche du jean un peu serré,

regarder tes yeux et vouloir
réapprendre à parler ta langue,

Dans une bille : la joie.
— oscillations —

La notion de cronopio, empruntée à Julio Cortázar, traverse toute l'œuvre d'Andrea. Les cronopios chez Cortázar sont des êtres du désordre joyeux, de l'improvisation sensible, de la vie vécue de travers — c'est-à-dire vraiment. Ils s'opposent aux « famas » (ordonnés, prévisibles) et aux « esperanzas » (passives).

Andrea s'identifie à cette figure depuis ses années colombiennes. Son site Cronop'Andrea en est la trace : « Cronod'air est le regard solidaire et politique. Cronop'art est le regard sensible et poétique. Crono'lib est la propriété du regard, recherche de la liberté. »

Sa poésie mêle le français, l'espagnol, les corps, les lieux, les noms propres de la musique qu'elle aime — Louis Armstrong, Tracy Chapman, John Coltrane, Massive Attack, Björk. Elle écrit comme elle clowne : en présence totale, sans filet.

« Ma vie veux-tu laissons maintenant tant de hâte aveugle à son néant — pour apprendre à vivre, à souffrir, aimer, être un visage du vivant. »

Lorand Gaspard — cité par Andrea Caro Gomez sur Cronop'Andrea